Les classiques (Le Rapport sur les Objets Volants Non Identifiés)

L'année n'avait que lorsqu'un gentleman d'Abilene (Texas), fit le 1er signalement d'ovni de l'année. Ce qu'il vit, une lueur en forme d'éventail dans le ciel, était insignifiant en matière de signalements d'ovnis, mais cela inaugura une année qui allait apporter une activité fébrile au Projet Sign.

Avec les soviétiques pratiquement éliminés comme source des ovnis, l'idée de vaisseaux interplanétaires devenait plus populaire. Durant les gens de l'ATIC discutaient ouvertement de la possibilité de visiteurs interplanétaires sans que d'autres se tapent la tête et jettent un regard suffisant. Durant la nouveauté des ovnis s'était dissipée pour la presse et tous les John et Jane Doe qui en avaient vu un ne faisaient pas la Une comme en . Les rédacteurs se durcissaient, et seuls quelques-uns des meilleurs rapports recevaient un peu d'espace. Seuls les « classiques » méritaient les titres. « Les Classiques » étaient 3 signalements historiques qui furent les points culminants de . On les appelle « les classiques », un nom qui leur fut donné par l'équipe du Projet Blue Book, parce que :

  1. ce sont des exemples classiques de comment des faits véritables d'un rapport d'ovni peuvent être tordus et déformés par certains écrivains pour prouver leur point de vue,
  2. ce sont les rapports ayant reçu le plus de publicité dans cette première époque des ovnis, et
  3. ils ont « prouvé » aux spécialistes du renseignement de l'ATIC que les ovnis étaient réels.

Le manque d'intérêt apparent de la presse pour les signalements d'ovnis n'était pas une indication réelle de la situation. Je découvris plus tard, en parlant aux rédacteurs, que pendant tout l'intérêt pour les ovnis était élevé. Le Bureau de Presse de l'Air Force au Pentagone était constamment interrogé sur les progrès qui étaient faits dans l'enquête sur les ovnis. La réponse était : Donnez-nous du temps. Ce travail ne peut être fait en 1 semaine. La presse respectait cela et leur donnait du temps. Mais chaque rédacteur digne de ce nom avait des contacts, ces sources généralement fiables dont vous entendez parler, et ces contacts parlaient. Pendant tout des contacts au Pentagone racontaient comment les rapports d'ovnis arrivaient au rythme de plusieurs par jour et comment les équipes d'enquête sur les ovnis de l'ATIC décollaient de Dayton pour partir enquêter dessus. Ils disaient comment une autre organisation d'enquête de l'Air Force avait été appelée pour alléger la charge de l'ATIC et lui permettre de se concentrer sur l'analyse des rapports. Les rédacteurs savaient que c'était vrai parce qu'ils avaient croisé ces hommes, qu'ils avaient identifiés à tort comme des agents du FBI. Le FBI ne fut jamais officiellement intéressé par les observations d'ovnis. Les contacts des rédacteurs dans l'industrie des lignes aériennes parlaient des discussions sur les ovnis, des vice-présidents jusqu'aux gars de la piste. Des douzaines de bons pilotes de ligne, solides, fiables et expérimentés voyaient des ovnis. Tout ceci mena à une conclusion : quoi que l'Air Force avait à dire, lorsqu'elle serait prête à parler, serait intéressant pour la presse. Mais l'Air Force n'était pas prête à parler.

Le personnel du Projet Sign venait juste de s'atteler au travail après le congé du Jour de l'An lorsque les « fusées fantômes » revinrent dans les pays scandinaves de l'Europe. Les attachés de l'Air en Suède, Danemark et Norvège envoyèrent des câbles à l'ATIC parlant des rapports. Les câbles revinrent demandant plus d'informations.

Les « fusées fantômes », comme elles furent étiquetées par les journaux, avaient été observées en 1er à l'été , 1 an avant la 1ʳᵉ observation d'ovni aux U.S. Il y avait de nombreuses descriptions différentes des objets signalés. Ils étaient généralement vus dans les heures d'obscurité et voyageaient presque toujours à des vitesses extrêmement élevées. Ils avaient la forme d'une boule ou d'un projectile, étaient d'un vert, blanc, rouge ou jaune brillant et laissaient parfois entendre des sons. Comme leurs cousins américains, ils étaient toujours si éloignés qu'aucun détail ne pouvait être vu. Pour aucune bonne raison, autre que de la spéculation et de la circulation, les journaux avaient rapidement commencé à faire d'autorité référence à ces « fusées fantômes » comme étant des missiles guidés, et impliquaient qu'elles venaient de Russie. Peenemunde, le grand centre de développement de missile allemand et lieu de naissance du V-2 et des missiles guidés V-2, arriva pour sa part de suspicion puisqu'il était détenu par les russes. A la fin de l'été les rapports étaient largement diffusés, venant du Danemark, de la Norvège, de l'Espagne, de la Grèce, du Maroc français, du Portugal et de la Turquie. En , après qu'aucune conclusion définie quant à l'identité des « fusées » n'ait été établie, les rapports s'éteignirent. Maintenant au début de janvier 1948 ils éclatèrent à nouveau. Mais le personnel du Projet Sign était trop occupé pour se préoccuper des rapports d'ovnis européens, ils étaient occupés chez eux. Un pilote de la garde nationale venait juste d'être tué en pourchassant un ovni.

Le tous les journaux du soir aux U.S. portaient des titres semblables à ceux du Louisville Courier : Un F-51 et le Capt. Mantell Détruits en Pourchassant une Soucoupe Volante. Ce fut le volume 1 des « Classiques », l'incident de Thomas MantellThomas Mantell.

A 13:15 cet après-midi les opérateurs de la tour de contrôle de la base aérienne de Godman, à l'extérieur de Louisville, dans le Kentucky, reçurent un appel téléphonique de la Patrouille Routière de l'Etat du Kentucky. La patrouille voulait savoir si la Tour de Godman savait quelque chose à propos d'un appareil inhabituel dans le voisinage. Plusieurs personnes de Maysville, dans le Kentucky, une petite ville à 80 miles à l'est de Louisville, avaient signalé avoir vu un appareil étrange. Godman savait qu'ils n'avaient rien dans les environs et appelèrent donc le Service de Vol à la base aérienne de Wright-Patterson. En quelques minutes le Service de Vol rappela. Leur tableau de contrôle du trafic aérien ne montrait aucun vol dans la région. Environ 20 mn plus tard la police d'état appela à nouveau. Cette fois des gens des villes d'Owensboro et d'Irvington, dans le Kentucky, à l'ouest de Louisville, signalaient un appareil étrange. Le signalement de ces 2 villes était un peu plus complet. Les gens des villes avaient décrit l'objet à la police d'état comme étant circulaire, d'environ 250 à 300 pieds de diamètre et se déplaçant vers l'ouest à une assez bonne allure. La tour de Godman vérifia auprès du Service de Vol à nouveau. Rien. Pendant tout ce temps les opérateurs de la tour avaient cherché l'objet signalé. Ils firent la théorie que puisque l'ovni avait dû passer au nord de Godman pour aller de Maysville à Owensboro, il pourrait revenir.

A 13:45 ils le virent, ou quelque chose qui lui ressemblait. Par la suite, dans son rapport officiel, l'opérateur assistant de la tour dira avoir vu l'objet pendant plusieurs minutes avant d'attirer l'attention de ses supérieurs dessus. Il dit avoir eu des réticences à faire un signalement de soucoupe volante. Dès que les 2 hommes dans la tour se furent assurés que l'ovni qu'ils avaient vu n'était pas un avion ou un ballon météo, ils appelèrent les Opérations de Vol. Ils voulurent que l'officier des opérations voie l'ovni. Rapidement le mot circula sur l'observation auprès de personnel clé sur la base et plusieurs officiers, aux côtés de l'officier des opérations de la base et de l'officier du renseignement de la base, se trouvaient dans la tour. Tous regardaient l'ovni à travers les jumelles 6 x 50 de la tour et décidèrent qu'ils ne pouvaient l'identifier. C'est à peu près à ce moment que le colonel Hix, commandant de la base, est arrivé. Il regardait et était dérouté. A 14 h 30, rapportèrent-ils, ils discutaient de ce qu'il convenait de faire alors que 4 appareils F-51 arrivaient, approchant la base par le sud.

La tour appela le leader de vol, le capitaine Thomas MantellThomas Mantell, et lui demanda de jeter un œil à l'objet et d'essayer de l'identifier. Un F-51 dans le vol manquait de carburant, et demanda donc la permission de partir à sa base. Thomas MantellThomas Mantell prit ses 2 aviateurs restants, fit un virage, et commença à se mettre après l'ovni. Les gens dans la tour de Godman le dirigeaient alors qu'aucun des pilotes ne pouvait voir l'objet à ce moment. Ils donnèrent à Mantell une direction initiale vers le sud et le vol fut vu pour la dernière fois dans la direction générale de l'ovni.

Au moment où le F-51 était monté à 10 000 pieds, rapporteront plus tard les 2 aviateurs, Mantell s'était avancé devant eux et ils ne pouvaient plus que le distinguer difficilement. A 2 h 45 Thomas MantellThomas Mantell appela la tour et dit : Je vois quelque chose au-dessus et devant moi et je monte toujours. Tous les gens dans la tour entendirent Mantell dire cela et entendirent 1 des aviateurs rappeler et demander : Que diable cherchons-nous ? La tour appela immédiatement Mantell et lui demanda une description de ce qu'il voyait. Aussi étrange que cela puisse paraître, personne ne peut se souvenir exactement de ce qu'il répondit. Les historiens des soucoupes lui accordèrent les paroles suivantes : J'ai observé la chose. Ça a l'air métallique et c'est d'une taille énorme... Maintenant ça commence à monter. Puis en quelques secondes il est supposé avoir appelé et dit : C'est au-dessus de moi et je m'en rapproche. J'arrive à 20 000 pieds. Chacun dans la tour s'accorda sur cette dernière bribe de la transmission : J'arrive à 20 000 pieds, mais ne s'accordèrent pas sur la 1ʳᵉ partie, sur l'ovni étant métallique et énorme.

Les 2 aviateurs étaient maintenant à 15 000 pieds et tentaient de manière effrénée d'appeler Mantell. Il était monté bien au-dessus d'eux à ce moment-là et était hors de vue. Aucun d'entre eux n'ayant d'oxygène ils s'inquiétaient pour Mantell. Leurs appels furent sans réponse. Mantell ne parla plus jamais à personne. Les 2 aviateurs se stabilisèrent à 15 000 pieds, firent un autre effort en vain pour appeler Mantell, et commencèrent à redescendre. Alors qu'ils dépassaient la tour de Godman sur le chemin du retour à leur base, 1 d'entre eux dit que tout ce qu'il avait vu était un reflet sur sa verrière.

Lorsqu'ils atterrirent à leur base, Standiford Field, juste au nord de Godman, 1 pilote fit ravitailler en carburant son F-51, se fit fournir en oxygène, et décolla pour chercher dans la zone à nouveau. Il ne vit rien du tout.

A 15:15 la tour perdit l'ovni de vue. Quelques minutes plus tard ils eurent le mot que Mantell s'était écrasé et était mort.

Plusieurs heures plus tard, à 19 h 20, les tours des terrains d'aviation dans tout le Midwest envoyèrent des signalements effrénés d'un autre ovni. En tout près d'une douzaine de tours de terrains d'aviation rapportèrent que l'ovni était bas sur l'horizon sud-ouest et disparut après 20 mn environ. Les auteurs de folklore de soucoupes dirent que cet ovni était ce que pourchassait Thomas MantellThomas Mantell lorsqu'il mourut ; l'Air Force dit que cet ovni était Vénus.

Les gens du projet Sign travaillèrent rapidement sur l'incident Thomas MantellThomas Mantell. Contemplant un flot de demandes de la presse alors qu'ils avaient entendu parler du crash, ils réalisèrent qu'ils devaient trouver une réponse au plus vite. Vénus avait été la cible d'une chasse par un F-51 de l'Air Force plusieurs semaines auparavant et il y avait des similarités entre cette observation et l'incident Mantell. Donc presque avant que les équipes de secours aient atteint le crash, le mot « Vénus » était sorti. Cela satisfaisait les éditeurs, et cela resta ainsi pendant 1 an environ ; Mantell avait malencontreusement été tué en essayant d'atteindre la planète Vénus.

Pour la presse, la manière nonchalante et désinvolte avec laquelle l'observation avait été classée par l'officier des relations publiques de l'Air Force montrait une grande confiance dans la conclusion, Vénus, mais derrière la barrière de barbelé qui entourait l'ATIC l'attitude nonchalante n'existait pas parmi les analystes en renseignement. Un homme était déjà parti pour Louisville et le reste faisait de hautes spéculations. L'histoire de la conversation de la tour aux avions, ça a l'air métallique et c'est énorme, se répandait vite. La rumeur courait que la tour avait poursuivi une conversation prolongée avec les pilotes et qu'il y avait plus d'informations que n'en étaient connues jusqu'ici. La rumeur disait aussi que cette conversation avait été enregistrée. Malheureusement aucune de ces rumeurs n'était vraie.

Sur une période de plusieurs semaines le dossier de l'incident Thomas MantellThomas Mantell grandit de taille jusqu'à être l'observation ayant fait l'objet de l'enquête la plus approfondie à cette époque, ou du moins ayant le dossier le plus épais.

Environ 1 an plus tard l'Air Force diffusa son rapport officiel sur l'incident. Pour utiliser un terme trivial, c'était un chef d'œuvre dans l'art de la formulation évasive (weasel wording). Cela disait que l'ovni aurait pu avoir été Vénus ou que cela aurait pu avoir été un ballon. Peut-être 2 ballons. C'était probablement Vénus sauf que c'était douteux parce que Vénus était trop faible pour être vue dans l'après-midi. Ceci secoua les auteurs qui avaient suivi l'histoire d'ovni. Quelques semaines auparavant seulement, le Saturday Evening Post avait publié une histoire en 2 parties intitulée Ce que vous pouvez croire sur les soucoupes volantes. Le récit avait reçu une approbation officielle et avait cité la théorie de Vénus comme une solution affirmative. Pour éclaircir la situation, plusieurs auteurs furent autorisés à interroger un major au Pentagone, qui était l'« expert » en ovnis de l'Air Force au Pentagone. Le major fut interrogé directement sur la conclusion de l'incident Thomas MantellThomas Mantell, et répondit platement qu'il s'agissait de Vénus. Les auteurs mirent en avant l'analyse officielle de l'Air Force. La réponse du major fut : Ils ont revérifié et c'était Vénus. Il ne savait qui « ils » étaient, où ils avaient vérifié, ou ce qu'ils avaient vérifié, mais c'était Vénus. Les auteurs demandèrent alors : S'il y avait un rapport ultérieur qu'ils avaient fait, pourquoi ne fut-il pas utilisé comme conclusion ? Etait-il indisponible ? La réponse à la dernière question fut : Non, et le couvercle se referma. Cette interview donna l'impression définie que l'Air Force n'arrivait pas à dissimuler des informations très importantes, utilisant Vénus en avant-plan. Rien n'excite plus un auteur de journal ou de magazine que de penser qu'il est tombé sur une grosse histoire et que quelqu'un tente de la dissimuler. De nombreux auteurs pensèrent ceci après l'interview avec le major, et de nombreux le pensent toujours. Vous ne pouvez en blâmer aucun.

Début j'eus un appel téléphonique sur la ligne directe de l'ATIC au Pentagone. C'était un colonel dans le bureau du Directeur du Renseignement. Le Bureau des Relations Publiques recevait un certain nombre de demandes touchant à toute la confusion sur l'incident Thomas MantellThomas Mantell. Quelle était la réponse ?

Je déterrai le dossier. En l'ensemble des éléments d'origine sur l'incident avaient été mis sous microfilm, mais quelque chose avait été renversé sur le film. De nombreuses sections étaient si salement atténuées qu'elles étaient illisibles. Comme j'avais eu à le faire avec nombre des observations plus anciennes qui étaient maintenant de l'histoire, je recueillis ce que je pouvais du dossier, remplissant les blancs en parlant aux gens qui avaient été à l'ATIC au début de l'époque des ovnis. Nombre de ces personnes étaient toujours dans les environs, « Red » Honnacker, George Towles, Al Deyarmond, Nick Post, et de nombreux autres. La plupart d'entre eux étaient civils, les militaires ayant été mutés ailleurs à cette époque.

Certaines des coupures de presse dans le dossier mentionnaient le major du Pentagone et sa preuve concrète de Vénus. Je ne pus trouver cette preuve concrète dans le dossier et cherchai donc à contacter le major. Le major, découvris-je, était un officier au Pentagone qui avait à une époque écrit une courte synthèse de renseignement sur les ovnis. Il n'avait jamais été basé à l'ATIC, pas plus qu'il n'était particulièrement bien versé dans le problème des ovnis. Quand fut annoncée la conférence de presse sur l'incident Thomas MantellThomas Mantell, il fallut un expert en ovnis. Le major, du fait de sa courte synthèse de renseignement sur les ovnis, devint l'« expert ». Il avait manifestement inventé « ils » et leur rapport ultérieur pour étayer sa réponse Vénus parce que les auteurs présents à la conférence de presse l'avaient acculé. Je cherchai plus loin.

Heureusement l'homme qui avait réalisé le travail le plus abouti sur l'incident, le Dr. J. Allen Hynek, directeur du Département d'Astronomie de l'Université de l'Etat d'Ohio, pouvait être contacté. J'appelai le Dr. Hynek et arrangeai de le rencontrer le jour suivant.

Le Dr. Hynek fut l'un des scientifiques les plus impressionnants que j'aie rencontrés en travaillant sur le projet ovni, et j'en ai rencontré un bon nombre. Il évita de faire 2 choses que certains d'entre eux faisaient : vous donner la réponse avant de connaître la question ; ou immédiatement commencer à exposer ses accomplissements dans le domaine de la science. J'arrivai dans l'état d'Ohio juste avant de déjeuner, et le Dr. Hynek m'invita à manger avec lui au club de la faculté. Il voulait se référer à des notes qu'il avait concernant l'incident Mantell mais elles étaient dans son bureau ; nous avons donc discuté des ovnis en général pendant le déjeuner.

De retour à son bureau il commença à passer en revue l'incident Thomas MantellThomas Mantell. Il avait été responsable du rapport évasif que l'Air Force avait diffusé fin 1949, et s'en excusa. S'il avait su que cela allait causer tant de confusion, dit-il, il aurait été plus spécifique. Il pensait que l'incident était une affaire classée. La raison pour laquelle Vénus avait été fortement suspectée était qu'il s'agissait pratiquement du même point dans le ciel que l'ovni. Le Dr. Hynek se référa à ses notes et me dit qu'à 15 h 00, Vénus était au sud-sud-ouest de Godman et 33 ° au-dessus de l'horizon sud. A 15 h 00 les gens dans la tour estimèrent que l'ovni se trouvait au sud-ouest de Godman et à une élévation de 45 ° environ. En imaginant une erreur humaine dans l'estimation des directions et des angles, c'était proche. J'étais d'accord. Il y avait une grande faille dans la théorie, cependant. Vénus n'était pas assez brillante pour être vue. Il avait calculé la brillance de la planète, et le jour en question elle n'était que 6 fois plus brillante que le ciel environnant. Il expliqua alors ce que cela signifiait. 6 fois pourrait sembler beaucoup, mais ça ne l'est pas. Quand vous commencez à regarder une tête d'épingle de lumière seulement 6 fois plus brillante que le ciel environnant, il est presque impossible de la trouver, même par un jour clair.

Le docteur Hynek dit qu'il ne pensait pas que l'ovni était Vénus.

Je découvris plus tard que bien qu'il se soit agi d'un jour relativement clair il y avait une brume considérable.

Je lui posai la question des autres possibilités. Il répéta le ballon, un reflet sur la verrière et des théories de faux soleil mais se refusa à commenter dessus puisque, comme il le disait, il était astrophysicien et voulait s'attacher à ne commenter que les aspects astronomiques des observations.

Je retournai en voiture à Dayton convaincu que l'ovni n'était pas Vénus. Le docteur Hynek avait dit que Vénus aurait été une tête d'épingle de lumière. Les gens dans la tour avaient été affirmatifs sur leurs descriptions, leurs déclarations le faisaient ressortir. Ils n'avaient pu s'accorder sur une description, ils appelaient l'ovni un parachute, un cornet de glace pointé de rouge, rond et blanc, énorme et argenté ou métallique, un petit objet blanc, 1/4 de la taille de la pleine Lune, mais toutes les descriptions indiquent clairement un grand objet. Aucune des descriptions ne pourrait même vaguement être appelée une tête d'épingle de lumière.

Cet aspect d'une forme définie semblait aussi éliminer la théorie du faux soleil. Des faux soleils, ou parhélies, comme on les appelle techniquement, sont causés par des particules de glace reflétant une lumière diffuse. Cela ne donnerait pas une silhouette précise. Je me souvins aussi de 2 cas où des pilotes de l'Air Force avaient pris en chasse des faux soleils. Dans les 2 cas lorsque les appareils commencèrent à grimper, le faux soleil disparut. Ceci en raison de l'angle de réflexion qui changea alors que l'avion montait de plusieurs milliers de pieds. Ces ovnis provoqués par des faux soleils ont également des bords flous.

J'avais toujours entendu beaucoup de spéculations sauvages sur l'état du F-51 écrasé de Mantell, aussi demandai-je par câble une copie du rapport d'accident. Il arriva plusieurs jours après ma visite au Dr. Hynek. Le rapport disait que le F-51 avait perdu une aile en raison d'une vitesse excessive lors d'un piqué, après que MantellMantell eut perdu connaissance par manque d'oxygène. Le corps de Thomas MantellThomas Mantell n'était pas brûlé, pas désintégré, et n'était pas plein de trous ; l'épave n'était pas radioactive, ni magnétisée.

Une question très importante et pertinente demeurait. Pourquoi MantellMantell, un pilote expérimenté, avait-il tenté de monter à 20 000 pieds alors qu'il n'avait même pas de masque à oxygène ? S'il avait épuisé son oxygène, cela aurait été différent. On martèle à chaque pilote et membre d'équipage : Ne montez sous aucun prétexte au-dessus de 15 000 pieds sans oxygène. Lors de l'entraînement à la haute altitude pendant la Seconde Guerre mondiale, j'ai fait plusieurs montées à 30 000 pieds en caisson de pression. Pour démontrer l'anoxie, nous laissions nos masques à oxygène retirés jusqu'à avoir le vertige. Quelques-unes des âmes les plus robustes pouvaient atteindre 15 000 pieds, mais personne ne dépassa jamais 17 000. Peut-être MantellMantell pensait-il pouvoir grimper à 20 000 en vitesse et redescendre avant d'être pris d'anoxie et de perdre connaissance, mais c'aurait été un pari insensé. Ce point était couvert dans le rapport d'observation. Un ami de longue date de Thomas MantellThomas Mantell déclara officiellement qu'il avait volé avec lui plusieurs années et le connaissait personnellement. Il ne pouvait concevoir que MantellMantell ait même songé à ignorer son manque d'oxygène. MantellMantell était l'un des pilotes les plus prudents qu'il connaissait. La seule chose à laquelle je puisse penser, commenta-t-il, c'est qu'il poursuivait quelque chose qu'il croyait plus important que sa vie ou sa famille.

Mon étape suivante fut d'essayer de découvrir ce que les ailiers de Thomas MantellThomas Mantell avaient vu ou pensé, mais ce fut une impasse. Tous ces éléments se trouvaient dans la partie abîmée du microfilm, même leurs noms manquaient. La seule référence à eux que je pus trouver était un vague passage indiquant qu'ils n'avaient rien vu.

Je me concentrai sur la théorie du reflet sur la verrière. Il est très répandu de croire que de nombreuses soucoupes volantes apparaissent à des pilotes qui poursuivent en fait un reflet sur leur verrière. Je vérifiai tous les rapports que nous avions en archives. Je n'en trouvai aucun qui ait été classé pour cette raison. Je fouillai dans ma propre expérience de vol et parlai à une douzaine de pilotes. Nous avions tous été momentanément surpris par un reflet sur la verrière ou l'aile de l'appareil, mais en une seconde ou deux il était devenu évident qu'il s'agissait d'un reflet. MantellMantell poursuivit l'objet pendant au moins 15 à 20 minutes, et il est inconcevable qu'il n'ait pas réalisé en autant de temps qu'il poursuivait un reflet.

Pratiquement la seule théorie restant à vérifier était que l'objet pouvait avoir été l'un des grands ballons « Skyhook » de 100 pieds de diamètre. Je revérifiai les descriptions de l'ovni faites par les gens dans la tour. Le premier homme à apercevoir l'objet l'avait appelé un parachute ; d'autres avaient dit cornet de glace, rond, etc. Toutes ces descriptions correspondaient à un ballon. Enfouies profondément dans le dossier se trouvaient 2 autres références à des ballons qui m'avaient échappé auparavant. Peu après que l'objet eut disparu de la vue à la base aérienne de Godman, un homme de Madisonville, dans le Kentucky, avait appelé le Service de Vol à Dayton. Il avait vu un objet se déplaçant vers le sud-est. Il l'avait regardé au télescope et c'était un ballon. A 16 h 45 un astronome habitant au nord de Nashville, dans le Tennessee, avait appelé. Il avait aussi vu un ovni, l'avait regardé au télescope, et c'était un ballon.

Dans les milliers de mots de témoignages et d'éléments recueillis sur l'incident MantellMantell, c'étaient les seules références à des ballons. J'avais délibérément prêté peu d'attention à cette possibilité parce que j'étais sûr qu'elle avait été soigneusement vérifiée en . A présent je n'en étais plus sûr.

Je parlai avec l'une des personnes qui avaient participé à l'enquête sur MantellMantell. La possibilité qu'un ballon ait causé l'observation avait été mentionnée mais n'avait pas été suivie, pour 2 raisons. La 1ʳᵉ était que tout le monde à l'ATIC était convaincu que l'objet que MantellMantell poursuivait était un vaisseau spatial et que c'était la seule piste qu'ils avaient suivie. Quand l'observation vieillit et qu'aucune preuve de vaisseau spatial ne put être trouvée, tout le monde sauta dans le train de Vénus, cette théorie ayant « déjà été établie ». C'était une solution de facilité. La 2ᵈᵉ raison était qu'une vérification rapide avait été faite sur les ballons météo et qu'aucun ne se trouvait dans la zone. Le grand projet de ballons Skyhook était alors hautement classifié, et comme ils étaient tous convaincus que l'objet était d'origine interplanétaire (une minorité voulait en attribuer le mérite aux russes), ils ne voulurent pas s'embêter à affronter la paperasserie de la sécurité pour obtenir des données sur les vols Skyhook.

Le groupe qui supervise les contrats de tous les vols de recherche Skyhook pour l'Air Force se trouve à Wright Field, je les appelai donc. Ils n'avaient pas d'archives sur les vols de 1948 mais ils pensaient bien que les grands ballons étaient lancés depuis la base aérienne de Clinton County dans le sud de l'Ohio à cette époque. Ils proposèrent de se procurer les relevés des vents du et de voir quelle trajectoire aurait suivie un ballon lancé dans le sud-ouest de l'Ohio. En quelques jours ils avaient les données pour moi.

Malheureusement les heures des premières observations, depuis les villes autour de Louisville, n'étaient pas exactes mais il était possible de reconstituer partiellement la séquence des événements. Les vents étaient tels qu'un ballon Skyhook lancé depuis la base aérienne de Clinton County pouvait être vu depuis la ville à l'est de la base de Godman, la ville d'où le premier ovni avait été signalé à la Police de l'Etat du Kentucky. Il n'est pas inhabituel de pouvoir voir un grand ballon à 50 ou 60 miles. Le ballon avait pu voyager vers l'ouest pendant un temps, montant tout en se déplaçant avec les forts vents d'est qui soufflaient ce jour-là et prenant de la vitesse à mesure que les vents devenaient plus forts en altitude. En 20 minutes il pouvait avoir été dans une position où il pouvait être vu depuis Owensboro et Irvington, dans le Kentucky, les 2 villes à l'ouest de Godman. Les seconds signalements à la police d'état étaient venus de ces 2 villes. Toujours en montée, le ballon aurait atteint un niveau où un fort vent soufflait en direction du sud. Les vents du courant-jet n'étaient pas cartographiés en mais la carte météo montre de fortes indications d'une courbure vers le sud du courant-jet ce jour-là. Courant-jet ou non, le ballon aurait rapidement dérivé vers le sud, toujours en montée. En un point quelque part au sud ou au sud-ouest de Godman il aurait traversé en montant les vents portant vers le sud jusqu'à une zone de calme vers 60 000 pieds. A ce niveau il aurait lentement dérivé vers le sud ou le sud-est. Un ballon Skyhook peut être vu à 60 000 pieds.

Lorsqu'il fut vu pour la première fois par les gens de la tour de Godman, l'ovni était au sud de la base aérienne. Il était relativement proche et ressemblait à un parachute, ce à quoi ressemble un ballon. Pendant les 2 heures où il resta en vue, les observateurs rapportèrent qu'il semblait faire du surplace, pourtant chaque observateur estima le moment où il regarda l'objet aux jumelles et, dans l'ordre chronologique, les descriptions allaient d'énorme, petit, 1/4 de la taille de la pleine lune, à 1/10 de la taille de la pleine lune. Quel que fût l'ovni, il s'éloignait lentement. Alors que le ballon continuait à dériver vers le sud il aurait rencontré des vents plus forts, et aurait facilement pu être vu par les astronomes de Madisonville, dans le Kentucky, et du nord de Nashville 1 heure après avoir disparu de la vue à Godman.

Quelque part dans les archives de l'Air Force ou de la Navy il existe des documents qui montreront si oui ou non un ballon fut lancé depuis la base aérienne de Clinton County, dans l'Ohio, le . Je ne pus jamais trouver ces documents. Les gens qui travaillaient sur les premiers projets Skyhook se « souviennent » avoir opéré depuis la base de Clinton County en mais refusent de se prononcer sur un vol du 7 janvier. Peut-être, disaient-ils.

L'incident MantellMantell est le même vieux puzzle d'ovni. En supposant la forme d'une pièce, un ballon lancé depuis le sud-ouest de l'Ohio, toute l'image s'assemble proprement. Elle montre un énorme ballon que le capitaine Thomas MantellThomas Mantell mourut en essayant d'atteindre. Il ne savait pas qu'il poursuivait un ballon parce qu'il n'avait jamais entendu parler d'un énorme ballon Skyhook de 100 pieds de diamètre, et encore moins vu un. Retirez cette pièce du puzzle et l'image est celle d'un ovni, métallique et d'une taille énorme.

Cela avait pu être un ballon. C'est la réponse que je rapportai par téléphone au Pentagone.

Durant et les signalements de « fusées fantômes » continuèrent à venir d'attachés de l'air dans les pays étrangers près de la Mer Baltique. Des gens dans le Jutland du Nord, la Norvège, le Danemark, la Suède et l'Allemagne signalaient des boules de feu voyageant lentement à travers le ciel. Les signalements étaient très peu précis et incomplets, la plupart d'entre eux des récits de journaux. En quelques jours les ovnis étaient vus à travers toute l'Europe et l'Amérique du Sud. Les signalements à l'étranger atteignirent un pic dans la dernière partie de février et les journaux U.S. commencèrent à reprendre les histoires.

L'Etat-Major de la Défense Suédoise aurait mené une étude complète des incidents et conclu qu'ils étaient tous explicables en termes de phénomènes astronomiques. Comme il s'agissait de l'histoire des ovnis, je fis plusieurs tentatives pour obtenir des informations détaillées et officielles sur ce rapport et les observations, mais jamais avec succès.

Les fusées fantômes disparurent en mars, aussi mystérieusement qu'elles étaient arrivées.

Tout au long du printemps de bons signalements continuèrent d'arriver. Certains étaient tout à fait ordinaires mais une grande proportion d'entre eux étaient bons, venant de gens dont la fiabilité ne pouvait être mise en doute. Par exemple, 3 scientifiques signalèrent avoir observé pendant 30 secondes un objet rond filer à travers le ciel selon une trajectoire très erratique près du terrain d'essais secret de l'Armée de White Sands. Et le l'équipage d'un C-47 de l'Air Force vit 3 ovnis foncer depuis midi en haut pour venir frôler leur appareil de transport.

Le un curieux signalement fut reçu des Pays-Bas. La veille plusieurs personnes avaient signalé avoir vu un ovni à travers des nuages hauts fragmentés au-dessus de La Haye. L'objet avait la forme d'une fusée, avec 2 rangées de hublots sur le côté. C'était un mauvais signalement, très sommaire et incomplet, et il aurait probablement été oublié si 4 nuits plus tard un ovni similaire n'avait pas failli entrer en collision avec un DC-3 d'Eastern Airlines. Cette quasi-collision est le volume II des « Classiques ».

Au soir du , un DC-3 d'Eastern Airlines décolla de Houston (Texas). Il effectuait un vol régulier vers Atlanta, avec des escales intermédiaires. Les pilotes étaient Clarence S. Chiles et John B. Whitted. Vers 2 h 45 du matin, alors que le vol était à 20 miles au sud-ouest de Montgomery, le commandant, Chiles, vit une lumière droit devant qui se rapprochait vite. Sa 1ʳᵉ réaction, rapporta-t-il plus tard à une équipe d'enquête de l'ATIC, fut qu'il s'agissait d'un avion à réaction, mais en un instant il réalisa que même un avion à réaction ne pourrait se rapprocher aussi vite que cette lumière. Chiles dit qu'il tendit le bras, donna une petite tape rapide sur le bras de Whitted, l'autre pilote, et pointa du doigt. L'ovni était maintenant presque sur eux. Chiles jeta le DC-3 dans un virage serré à gauche. Juste au moment où l'ovni passa comme un éclair à environ 700 pieds sur la droite, le DC-3 rencontra de l'air turbulent. Whitted regarda en arrière juste au moment où l'ovni se cabrait en une montée abrupte.

Les 2 pilotes avaient bien vu l'ovni et purent en donner une bonne description aux gens du renseignement de l'Air Force. C'était un fuselage de B-29. Le dessous avait une lueur d'un bleu profond. Il y avait 2 rangées de hublots d'où brillaient des lumières vives, et une « traînée de flamme rouge orangé de 50 pieds » sortait de l'arrière.

Un seul passager regardait par le hublot à ce moment-là. Les enquêteurs de l'ATIC lui parlèrent. Il dit avoir vu une traînée de lumière étrange, inquiétante, très intense, mais c'était tout, aucun détail. Il dit que tout s'était passé avant qu'il puisse habituer ses yeux à l'obscurité.

Quelques minutes plus tard un chef d'équipe au sol de la base aérienne de Robins à Macon (Géorgie) signala avoir vu une lumière extrêmement vive passer au-dessus de lui, voyageant à grande vitesse. Quelques jours plus tard un autre signalement de la nuit du arriva. Un pilote, volant près de la limite entre les états de Virginie et de Caroline du Nord, signala avoir vu une « étoile filante brillante » en direction de Montgomery (Alabama), à peu près au moment exact où le DC-3 d'Eastern Airlines avait été « frôlé ».

Selon les anciens de l'ATIC, ce signalement les ébranla plus que l'incident MantellMantell. C'était la 1ʳᵉ fois que 2 sources fiables avaient été vraiment assez près de quelque chose ressemblant à un ovni pour bien le voir et vivre pour le raconter. Une rapide vérification sur une carte montra que l'ovni qui avait failli heurter l'avion de ligne serait passé presque au-dessus de Macon, en Géorgie, après avoir dépassé le DC-3. Il virait en direction de Macon lorsqu'il fut vu pour la dernière fois. Le récit du chef d'équipe au sol de la base de Robins, à 200 miles de là, semblait confirmer l'observation, sans parler du signalement venu de près de la limite entre la Virginie et la Caroline du Nord.

Dans le renseignement, si vous avez quelque chose à dire sur un problème vital, vous rédigez un rapport que l'on appelle une Estimation de la Situation. Quelques jours après que le DC-3 eut été frôlé, les gens de l'ATIC décidèrent que le moment était venu de faire une Estimation de la Situation. La situation, c'étaient les ovnis ; l'estimation, c'était qu'ils étaient interplanétaires !

C'était un document assez épais à couverture noire, imprimé sur du papier au format légal. En travers de la couverture étaient tamponnés les mots TOP SECRET.

Il contenait l'analyse par l'Air Force de nombre des incidents dont je vous ai parlé plus beaucoup d'autres semblables. Tous venaient de scientifiques, de pilotes et d'autres observateurs également crédibles, et chacun était un inconnu.

Le document soulignait que les signalements n'avaient pas réellement commencé avec l'incident Kenneth Arnold. Des signalements tardifs d'un observateur météo de Richmond (Virginie), qui avait observé un disque argenté à travers la lunette de son théodolite ; d'un pilote de F-47 et de 3 pilotes de sa formation qui avaient vu une aile volante argentée ; et les « avions fantômes » anglais qui avaient été détectés au radar début le prouvaient. Bien que les signalements les concernant n'aient été reçus qu'après l'observation d'Kenneth Arnold, ces incidents avaient tous eu lieu plus tôt.

Quand l'estimation fut terminée, dactylographiée et approuvée, elle commença à remonter la voie hiérarchique vers les échelons de commandement supérieurs. Elle suscita des commentaires considérables mais personne ne l'arrêta dans son ascension.

Quelques jours seulement après que l'Estimation de la Situation eut été signée, scellée et envoyée, la 3ᵉ grande observation de 1948, le volume III des « Classiques », eut lieu. La date était le , et le lieu Fargo (Dakota du Nord) ; ce fut le fameux incident Gorman, dans lequel un pilote livra un duel à mort contre un ovni.

Le pilote était George F. Gorman, un sous-lieutenant de 25 ans de la Garde Nationale Aérienne du Dakota du Nord.

Il était 20 h 30 et Gorman arrivait à Fargo d'un vol de navigation. Il survola Fargo pendant un moment et vers 21 h décida d'atterrir. Il appela la tour de contrôle pour les instructions d'atterrissage et on lui dit qu'un Piper Cub était dans la zone. Il vit le Cub sous lui. Tout à coup ce qui semblait être le feu arrière d'un autre avion le dépassa sur sa droite. Il appela la tour et se plaignit mais on lui assura qu'aucun autre appareil que le Cub n'était dans la zone. Gorman pouvait toujours voir la lumière et décida donc de découvrir ce que c'était. Il poussa le F-51 dans un virage et coupa vers la lumière. Il pouvait clairement voir le Cub se découper sur les lumières de la ville en dessous, mais il ne voyait aucune silhouette de corps près de la mystérieuse lumière. Il mit plus de puissance sur le '51 et se rapprocha à moins de 1 000 yards, assez près pour estimer que la lumière faisait 6 à 8 pouces de diamètre, avait des contours nets et clignotait. Soudain la lumière devint fixe comme si elle mettait les gaz ; elle s'engagea dans un virage serré à gauche et fit une passe sur la tour. La lumière monta en flèche avec le F-51 à ses trousses. A 7 000 pieds elle fit un virage. Gorman suivit et tenta de couper à l'intérieur du virage de la lumière pour s'en rapprocher mais il n'y parvint pas. La lumière fit un autre virage, et cette fois le '51 se rapprocha sur une trajectoire de collision. L'ovni sembla tenter d'éperonner le '51, et Gorman dut piquer pour l'éviter. L'ovni passa au-dessus de la verrière du '51 à quelques pieds seulement. A nouveau le F-51 et l'objet virèrent et se rapprochèrent l'un de l'autre de face, et à nouveau le pilote dut piquer pour éviter une collision. Tout à coup la lumière commença à monter et disparut.

J'ai eu l'impression distincte que ses manœuvres étaient contrôlées par la pensée ou la raison, dira plus tard Gorman aux enquêteurs de l'ATIC.

4 autres observateurs à Fargo corroborèrent en partie son récit : un oculiste, le Dr. A. D. Cannon, le pilote du Cub, et son passager, Einar Neilson. Ils virent une lumière « se déplaçant vite », mais n'assistèrent pas à toutes les manœuvres que Gorman rapporta. 2 employés de la CAA au sol virent une lumière passer une fois au-dessus du terrain.

Des enquêteurs du Projet Sign se précipitèrent à Fargo. Ils avaient télégraphié à l'avance pour faire clouer l'avion au sol. Ils voulaient l'examiner avant qu'il ne vole à nouveau. A leur arrivée, quelques heures seulement après l'incident, ils passèrent l'avion au compteur Geiger, du cône d'hélice au compensateur de gouverne de direction. Un graphique dans le rapport officiel montre où chaque relevé au compteur Geiger fut effectué. Pour comparaison ils prirent des relevés sur un avion similaire qui n'avait pas volé depuis plusieurs jours. L'avion de Gorman était plus radioactif. Ils s'affairèrent, obtinrent des déclarations sous serment des opérateurs de la tour et de l'oculiste, et rentrèrent en avion à Dayton.

Dans le dossier de l'incident Gorman je trouvai un vieux mémo rendant compte de la réunion tenue au retour de Fargo de l'équipe de l'ATIC. Le mémo concluait que des choses étranges étaient en train de se produire.

Les historiens des ovnis sont d'accord. Donald Keyhoe, retiré du Corps des Marines et auteur professionnel, auteur de The Flying Saucers Are Real et Flying Saucers from Outer Space, aiguillonne l'Air Force sur l'incident de Gorman, mettant en avant comment, après avoir faiblement suggéré que la lumière aurait pu être un ballon météo éclairé, ils le laissèrent tomber comme une patate chaude. Une personne du nom de WilkinsWilkins, dans un livre faisant tout autant autorité, dit que l'incident de Gorman avait « laissé perplexe » l'Air Force. D'autres historiens assortis mettent en avant que normalement les ovnis sont pacifiques, que Gorman et Mantell avaient juste été un peu trop curieux, et que les « autres » n'étaient juste pas prêts à être observés de près. Si l'Air Force n'avait pas refermé le couvercle de la sécurité, ces auteurs auraient pu ne pas aboutir à cette conclusion. Il y a eu d'autres duels à mort, et plus sensationnels.

juin 1952 à 22:58, un observateur du Corps des Observateurs au Sol signala qu'un appareil en déplacement lent approchait du Laboratoire de Oak Ridge de l'AEC, une zone si secrète qu'elle est interdite aux appareils. L'observateur signala la lumière à son centre de filtrage et le centre de filtrage relaya le message au radar d'interception contrôlée depuis le sol. Ils avaient une cible. Mais avant qu'ils ne puissent faire plus que confirmer le signalement du guetteur du GOC, la cible s'effaça de l'écran radar.

Un appareil F-47 en patrouille aérienne de combat dans la zone fut guidé à vue, repéra une lumière et s'en rapprocha. Ils « combattirent » de 10 000 à 27 000 pieds, et plusieurs fois l'objet fit ce qui semblait être des attaques d'éperonnage. La lumière fut décrite comme blanche, de 6 à 8 pouces de diamètre, et clignotante jusqu'à ce qu'elle mette les gaz. Le pilote ne pouvait voir aucune silhouette autour de la lumière. La similarité avec le cas de Fargo était frappante.

Dans la nuit du , près d'une autre installation atomique, l'usine de Hanford dans l'état de Washington, le pilote et l'opérateur radar d'un F-94 en patrouille repérèrent une lumière alors qu'ils volaient à 26 000 pieds. L'équipage appela sa station de contrôle au sol et on leur dit qu'aucun avion n'était connu dans la zone. Ils se rapprochèrent de l'objet et virent une grande chose ronde et blanche avec une faible lumière rougeâtre venant de 2 fenêtres. Ils perdirent le contact visuel, mais obtinrent un verrouillage radar. Ils rapportèrent que lorsqu'ils tentèrent de s'en rapprocher à nouveau, il inversait sa direction et s'éloignait en piqué. Plusieurs fois l'avion lui-même changea de cap parce qu'une collision semblait imminente.

Dans chacun de ces cas, ainsi que dans le cas raconté ci-après, les sources des récits étaient des aviateurs entraînés ayant une excellente réputation. Ils étaient sincèrement déroutés par ce qu'ils avaient vu. Ils n'avaient aucun motif concevable de falsifier ou d'« enjoliver » leurs rapports.

L'autre combat aérien eut lieu le , entre un pilote de la Navy aux commandes d'un TBM et une lumière au-dessus de Cuba.

Le pilote venait juste de terminer quelques passes d'entraînement pour des chasseurs de nuit lorsqu'il repéra une lumière orange à l'est de son avion. Il se renseigna sur les appareils dans la zone, apprit que l'objet n'était pas identifié, et se lança à sa poursuite. Voici son rapport, rédigé immédiatement après son atterrissage :

Alors qu'elle [la lumière] approchait de la ville par l'est, elle commença un virage à gauche. Je commençai à intercepter. Durant la 1ʳᵉ partie de la poursuite, le plus près que je parvins de la lumière fut 8 à 10 miles. A ce moment elle semblait aussi grande qu'un SNJ et avait une queue verdâtre qui paraissait 5 à 6 fois plus longue que le diamètre de la lumière. Cette queue fut vue plusieurs fois dans les 10 minutes suivantes, pendant des périodes de 5 à 30 secondes chacune. Lorsque j'atteignis 10 000 pieds elle semblait être à 15 000 pieds et en virage à gauche. Il fallait 40 degrés d'inclinaison pour garder le nez de mon avion sur la lumière. A ce moment j'estimai que la lumière décrivait une orbite de 10 à 15 miles.

A 12 000 pieds je cessai de monter, mais la lumière montait toujours plus vite que moi. J'inversai alors mon virage de gauche à droite et la lumière inversa aussi. Comme je ne gagnais pas de distance, je tins un cap constant au sud en essayant d'estimer une perpendiculaire entre la lumière et moi. La lumière se déplaçait vers le nord, je virai donc au nord. Alors que je virais, la lumière sembla se déplacer vers l'ouest, puis vers le sud au-dessus de la base. Je tentai à nouveau d'intercepter mais la lumière sembla monter rapidement selon un angle de 60 degrés. Elle monta à 35 000 pieds, puis commença une descente rapide.

Auparavant, alors que la lumière était encore à environ 15 000 pieds, je la plaçai délibérément 3 fois entre la lune et moi pour tenter d'identifier un corps solide. Moi et mes 2 membres d'équipage avons tous bien vu la lumière lorsqu'elle passa devant la lune. Nous ne pûmes voir aucun corps solide. Nous avons envisagé le fait qu'il pouvait s'agir d'un ballon d'aérologue, mais nous n'avons pas vu de silhouette. De plus, nous aurions rapidement rattrapé et dépassé un ballon.

Durant sa descente, la lumière sembla ralentir vers 10 000 pieds, moment auquel je fis 3 passes sur elle. 2 se firent sur une trajectoire de collision à 90 degrés, et la lumière passa à une vitesse énorme devant mon nez. Lors de la 3ᵉ passe j'étais si près que la lumière masqua le terrain d'aviation en dessous de moi. Soudain elle commença un piqué et je suivis, la perdant à 1 500 pieds.

Dans cet incident l'ovni était un ballon.

La nuit suivante un ballon éclairé fut lâché et le pilote reçut l'ordre de décoller pour comparer ses expériences. Il reproduisit son combat aérien, illusions comprises. La Navy nous fournit une longue analyse de l'affaire, expliquant comment le pilote avait été trompé.

Dans le cas impliquant l'observateur au sol et le F-47 près de l'installation atomique, nous avons reporté les vents et calculé qu'un ballon éclairé se trouvait juste à l'endroit où le pilote avait rencontré la lumière.

Dans l'autre cas, l'objet blanc avec 2 fenêtres, nous avons découvert qu'un ballon Skyhook avait été repéré à l'endroit exact de la « bataille ».

Gorman combattit lui aussi un ballon éclairé. Une analyse de l'observation par l'Air Weather Service envoyée à l'ATIC dans une lettre datée du le prouva. Le F-51 radioactif fut décontaminé par un mémo d'un laboratoire de Wright Field expliquant qu'un avion ayant volé récemment sera plus radioactif qu'un avion resté au sol pendant plusieurs jours. Un avion entre 20 000 et 30 000 pieds reçoit plus de rayons cosmiques qu'un avion protégé par la brume toujours présente de la terre.

Pourquoi des pilotes expérimentés ne peuvent-ils pas reconnaître un ballon quand ils en voient un ? S'ils volent de nuit, des choses étranges peuvent arriver à leur vision. Il y a le problème du vertige ainsi que de la désorientation provoquée par le vol sans points de référence. Des pilotes de chasse de nuit ont raconté des douzaines d'histoires où ils avaient été trompés par des lumières.

Une nuit pendant la Seconde Guerre mondiale nous venions juste de larguer une charge de bombes sur une cible lorsqu'un « chasseur de nuit » commença à faire une passe sur nous. Tout le monde dans le cockpit vit le tuyau d'échappement chauffé au rouge du chasseur alors qu'il fondait sur nous. J'ouvris le feu avec 6 mitrailleuses de calibre .50. Heureusement je manquai le chasseur de nuit ; si je l'avais abattu j'aurais sacrément embrouillé les astronomes, parce que le « chasseur de nuit » était Vénus.

Pendant que les gens du Projet Sign méditaient sur le combat aérien du lieutenant Gorman avec l'ovni (à l'époque ils n'envisageaient même pas la piste du ballon), l'Estimation Top Secret de la Situation remontait vers les hauts échelons de l'Air Force. Elle parvint jusqu'au regretté général Hoyt S. Vandenberg, alors chef d'état-major, avant d'être renvoyée. Le général ne voulait pas des véhicules interplanétaires. Le rapport manquait de preuves. Un groupe de l'ATIC se rendit au Pentagone pour appuyer sa position mais n'eut pas de chance, le chef d'état-major ne put tout simplement pas être convaincu.

L'estimation mourut d'une mort rapide. Quelques mois plus tard elle fut complètement déclassifiée et reléguée à l'incinérateur. Quelques copies, dont une que j'ai vue, furent conservées comme souvenirs des jours dorés des ovnis.

Le refus du haut commandement de l'Air Force d'accepter la théorie interplanétaire n'eut pas d'effet immédiat sur le moral du Projet Sign parce que les signalements devenaient meilleurs.

Un signalement tardif, qui relève plus de la pièce de collection que d'une bonne observation d'ovni, arriva à l'ATIC à l'automne 1948. Il venait de Moscou. Quelqu'un, je ne pus jamais découvrir exactement qui, signalait un énorme objet comme une tache dans le ciel.

Puis le radar entra en scène. Pendant des mois les factions anti-soucoupes avaient pointé du doigt l'absence de signalements radar, disant : « S'ils existent, pourquoi n'apparaissent-ils pas sur les écrans radar ? » Quand ils apparurent sur les écrans radar, l'ovni gagna quelques convertis.

Le un F-61, un chasseur de nuit « Black Widow » de la Seconde Guerre mondiale, était en patrouille au-dessus du Japon lorsqu'il détecta une cible non identifiée sur son radar. La cible volait entre 5 000 et 6 000 pieds et voyageait à environ 200 miles/h. Quand le F-61 tentait de l'intercepter, il arrivait à moins de 12 000 pieds de l'ovni pour le voir accélérer à environ 1 200 miles/h, laissant le F-61 loin derrière avant de ralentir à nouveau. L'équipage du F-61 fit 6 tentatives pour se rapprocher de l'ovni. Lors d'une passe, dit l'équipage, ils parvinrent assez près pour voir sa silhouette. Il faisait 20 à 30 pieds de long et ressemblait à une balle de fusil.

Vers la fin de un câble arriva d'Allemagne au Projet Sign. C'était le 1er signalement où un ovni était vu et simultanément détecté au radar. Ce type de signalement, le 1er de beaucoup d'autres à venir, est l'un des meilleurs types de signalements d'ovnis. Le câble disait :

Le heure locale, le capitaine vit un objet dans les airs directement à l'est de cette base. Il était à une altitude inconnue. Il ressemblait à une étoile rougeâtre et se déplaçait en direction du sud à travers Munich, tournant légèrement vers le sud-ouest puis au sud-est. La vitesse aurait pu être entre 200 et 600 miles/h, la vitesse réelle ne put être estimée, ne connaissant pas l'altitude. Le capitaine appela les opérations de la base et ils appelèrent la station radar. Le radar signala qu'ils n'avaient rien vu sur leur écran mais allaient revérifier. Le radar rappela alors les opérations pour signaler qu'ils avaient bien une cible à 27 000 pieds, à quelque 30 miles au sud de Munich, voyageant à 900 miles/h. Le capitaine signala que l'objet qu'il voyait était maintenant dans cette zone. Quelques minutes plus tard le radar appela à nouveau pour dire que la cible était montée à 50 000 pieds, et tournait en rond à 40 miles au sud de Munich.

Le capitaine - est un pilote expérimenté volant à présent sur F-80 et est considéré comme totalement fiable. L'observation fut confirmée par le capitaine -, également pilote de F-80.

La possibilité qu'il s'agisse d'un ballon fut vérifiée mais la réponse de l'Air Weather Service fut pas un ballon. Aucun avion n'était dans la zone. Rien de ce que nous connaissons, sauf peut-être des avions expérimentaux, qui ne sont pas en Allemagne, ne peut monter de 23 000 pieds en quelques minutes et voyager à 900 miles/h.

Fin , le Projet Sign avait reçu plusieurs centaines de signalements d'ovnis. Parmi ceux-ci, 167 avaient été conservés comme étant de bons signalements. Environ 3 douzaines étaient « Inconnus ». Même si les signalements d'ovnis devenaient meilleurs et plus nombreux, l'enthousiasme pour l'idée interplanétaire se refroidissait. Les mêmes gens qui s'étaient battus pour aller à la base aérienne de Godman parler au colonel Hix et à ses observateurs d'ovni en janvier devaient maintenant être poussés de force lorsqu'une observation nécessitait une enquête. De plus en plus de travail était reporté sur l'autre organisation enquêtrice qui aidait l'ATIC. Le contrecoup de l'Estimation Top Secret de la Situation commençait à atténuer beaucoup d'enthousiasmes. Ce fut véritablement un marché baissier pour les ovnis.

Un marché haussier était cependant en route. Le début de allait apporter de « petites lumières » et les boules lumineuses vertes.

Les « petites lumières » étaient des ovnis, mais les boules lumineuses vertes étaient réelles.