Scepticisme progressif : une approche critique de la controverse psi

Palmer, John: Journal of Parapsychology, vol. 50, pp. 29-42,

Beaucoup de sceptiques de la parapsychologie adoptent une attitude non critique envers les explications conventionnelles des événements psychiques ostensibles (EPO). Cela contredit l'usage du terme sceptique, qui devrait impliquer une attitude de doute critique envers toutes les explications non prouvées des EPO. Un qualificatif non péjoratif pour ce groupe de critiques serait le terme de théoriciens conventionnels (TC), qui ne présuppose pas une attitude impartiale. L'auteur donne des exemples, tirés de la littérature, du biais non critique de ce groupe de critiques, explique pourquoi leur appliquer le terme de théoricien conventionnel et montre pourquoi leur approche ne peut résoudre la controverse psi. Il appelle donc les chercheurs de ce domaine à prendre une nouvelle direction : critiquer toutes les explications actuelles des EPO, reconnaître qu'aucune n'est satisfaisante, et garder confiance dans la capacité de la méthode scientifique à fournir un jour les bonnes. Cela demanderait des recherches menées à la fois dans une perspective paranormale et dans une perspective conventionnelle. Il propose d'appeler cette nouvelle approche le scepticisme progressif.

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Si le biais de beaucoup de « croyants » aux phénomènes psychiques est reconnu depuis longtemps, de tels biais existent aussi chez beaucoup de « sceptiques ». J'aimerais commencer cet exposén1Ceci est une version légèrement révisée d'un exposé présenté au congrès de la Society for Philosophy and Psychology, à Toronto (Ontario), en . Je remercie Mme Debra Weiner, le Dr Robert Morris et le Dr Ed Storm pour leurs commentaires utiles sur les versions antérieures du manuscrit. par deux exemples d'un aspect particulier de ce biais, à savoir une attitude non critique envers les explications conventionnelles des événements psychiques ostensibles (ou EPO, en abrégé). Mon premier exemple vient du livre Anomalistic Psychology de Leonard Zusne et Warren Jones () . Il concerne leur critique d'une expérience conçue pour tester la précognition dans les rêves, en déterminant si un sujet pouvait incorporer dans ses rêves des événements qui lui arriveraient le lendemain matin. Cependant, comme un objectif secondaire était d'étudier l'incorporation de tels événements dans les rêves ultérieurs, des récits de rêves furent aussi recueillis les nuits suivant les événements. Ainsi, les nuits impaires servaient à tester les rêves précognitifs (psychiques) et les nuits paires les rêves rétrocognitifs (normaux).

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Ce n'est pas ainsi que Zusne et Jones ont rendu compte de l'étude. Ils l'ont présentée comme si toutes les nuits utilisaient la procédure de rétrocognition tout en étant destinées à tester la précognition ; autrement dit, on aurait demandé au sujet de rêver de manière précognitive de cibles qu'il connaissait déjà ! À l'évidence, aucun chercheur sain d'esprit ne testerait la précognition en montrant d'abord la cible au sujet. C'est pourtant exactement ce que Zusne et Jones ont affirmé.

Je pense qu'on peut raisonnablement déduire ce qui s'est passé ici. La source de Zusne et Jones pour cette expérience était un bref chapitre écrit par les expérimentateurs dans un livre de poche grand public (Montague Ullman & Stanley Krippner, ) . Le chapitre équivalait à un court résumé et manquait de détails descriptifs. Apparemment, Zusne et Jones ont simplement mal interprété la brève description de la procédure, d'une manière conforme à leurs propres préjugés et au thème général de leur livre, à savoir que les expériences psychiques sont dues à des interprétations biaisées d'événements naturels.

Ce qui est remarquable dans cet exemple, c'est que Zusne et Jones aient été prêts à publier en attribuant cette procédure franchement idiote aux chercheurs sur la seule base d'un maigre résumé. Rien n'indique qu'ils aient jamais mis en doute l'exactitude de leur propre interprétation. Certes, on peut légèrement reprocher aux expérimentateurs (ou est-ce à l'éditeur ?) de ne pas avoir cité le compte rendu expérimental complet en décrivant la procédure (bien qu'il figure dans la liste des références), mais cela n'excuse en rien Zusne et Jones. Nous avons là un exemple classique d'attitude non critique envers une interprétation conventionnelle d'un EPO.

Mon second exemple est la critique par Persi Diaconis (, , ) d'une série de devinettes de cartes en ESP dont le sujet était une personne qui se disait médium. Diaconis, statisticien à Stanford et magicien de scène accompli, ne put rien trouver à redire aux procédures expérimentales telles que décrites dans les comptes rendus de recherche détaillés, et il ne suggéra pas non plus comment les résultats significatifs auraient pu être obtenus frauduleusement. Il conclut néanmoins, sans l'ombre d'un doute apparent, que le sujet avait obtenu ses scores significatifs par des tours de passe-passe.n2Bien que Diaconis ne l'ait pas dit en ces termes, on peut légitimement déduire de ses remarques que c'est ce qu'il voulait dire.

Diaconis fonda son jugement principalement sur une démonstration informelle de pouvoirs psychiques apparents par le sujet, à laquelle il assista et qu'il attribua à des tours de passe-passe. Il se trouve que je pense son verdict raisonnable dans ce cas. Mais tirer une conclusion positive sur le travail expérimental contrôlé à partir de ce genre de preuve indirecte n'est pas justifié, surtout quand les sortes de « trucs » apparemment utilisés dans la démonstration étaient contrôlées dans les expériences. De plus, le degré de pouvoir psychique apparemment démontré dans les expériences, s'il est impressionnant au regard des standards de la recherche parapsychologique, n'aurait rien eu d'impressionnant sur une scène. Ainsi, même si le sujet avait eu des pouvoirs psychiques, on comprend qu'il ait pu choisir de ne pas s'y fier dans ce type de cadre. Si cette considération est jamais venue à l'esprit de Diaconis, sa critique n'en montre aucune trace.

On ne peut évidemment pas cautionner le recours du sujet à la prestidigitation, s'il a vraiment eu lieu, mais là n'est pas la question. Mon but n'est pas non plus de montrer que Diaconis avait nécessairement tort ; il pourrait encore avoir raison, et il a soulevé une inquiétude légitime. Mon but est plutôt de souligner que la confiance apparemment absolue de Diaconis dans l'exactitude de sa conclusion sur les résultats expérimentaux, qu'il fondait sur des preuves indirectes venant d'un autre cadre (complétées par des impressions défavorables qu'il avait retirées de certains autres chercheurs), trahit la même attitude non critique envers les explications conventionnelles des EPO que celle de Zusne et Jones.

  1. De sceptique à théoricien conventionnel
  2. La charge de la preuve
  3. Le principe de cohérence
  4. Aura d'empirisme
  5. Scepticisme progressif